André Kertèsz et Arne Svenson : à ma fenêtre   14/12/18 - 16/02/19

Les Polaroids délicats produits par André Kertész depuis la fenêtre de son appartement à Manhattan au crépuscule de sa vie étaient présentés en dialogue avec les grands tirages d'un autre new yorkais, Arne Svenson, produits 35 ans pus tard depuis sa fenêtre, également à Manhattan.


New York city, 1979
A 84 ans, André Kertész se trouve seul dans son appartement de Manhattan, endeuillé par le récent décès de sa femme Elizabeth. Un ami lui apporte un petit appareil qui vient d’être commercialisé, le Polaroid SX-70. Le maître de la photographie en noir et blanc s’en empare pour produire, pendant les six années suivantes, une de ses dernières grandes séries. La plupart de ses Polaroids ont été pris à la fenêtre de son appartement donnant sur Washington Square, le regard de l’artiste portant pourtant surtout vers son intériorité. Il y compose des mises en scène délicates avec ses objets personnels, comme des hommages poétiques à sa femme. Avec cet appareil aux tirages immédiats Kertész retrouve non seulement une certaine paix mais un renouveau artistique. On retrouve dans ses petites natures mortes en couleur des références à son célèbre travail en noir et blanc, avec des nuances de lumière, des jeux de profondeur de champs et des distorsions corporelles.

André Kertész (1894-1985), Hungary

La carrière artistique d’André Kertész, né à Budapest, a commencé en 1912 et a duré 73 ans. Après une formation le destinant à un avenir dans la finance, Kertész choisit en 1925 de s’installer à Paris afin de poursuivre son rêve : devenir photographe. Après des débuts difficiles, il s’impose comme une des signatures photographiques les plus importantes en Europe. En 1936, il quitte Paris pour New York avec sa femme Elizabeth mais dès le début, il peine à s’intégrer dans ce nouveau pays, tant sur le plan personnel qu’artistique. Avec l’irruption de la deuxième guerre mondiale, et dans l’impossibilité de retourner en Europe, Kertész finit par accepter, en 1947, un poste au service photographique du magazine House & Garden où son travail se concentre sur l’architecture. Adoré par les équipes de la rédaction, il y resterait 15 ans mais considère ces années comme des années ‘perdues’, et décide en 1962 de ne plus renouveler son contrat avec Condé Nast. A partir de cette date, et soutenu par la réussite l’entreprise de sa femme, Kertész se consacre de nouveau à son art, renouant avec l’enthousiasme de ses débuts. En 1976, au moment où il commence à récolter le fruit de ces dures années, un cancer du poumon est diagnostiqué chez sa femme. Elle luttera mais succombera en 1977. Quelques années plus tard, Kertész a trouvé une façon d’exprimer sa tristesse dans ce petit appareil compact, le Polaroid SX-70. Après sa mort, en 1985, le travail d’André Kertész fut enfin reconnu par des artistes, musées et galeries du monde entier.


New York city, 2012
Trente-trois ans plus tard, l’artiste Arne Svenson est également à la fenêtre de son appartement de Manhattan mais son regard se porte vers l’extérieur sur les scènes de vie qui se déroulent dans les immeubles en face, des personnages qui entrent et sortent du cadre des grandes fenêtres. Au lieu de photographier des visages, Svenson préfère capturer le ballet des corps en relation avec l’architecture : une tête qui se détourne, le mouvement gracieux d’un bras, une silhouette à peine visible derrière un grand rideau. En contraste avec le travail de Kertész, ces portraits en très grand format sont un hommage à la vie, à des moments de grâce et de quiétude dans l’agitation de cette ville. Baptisée The Neighbors, la série a été publiée dans un livre en 2015  préfacé par David Ebony.

Arne Svenson (b. 1952), USA

Né à Santa Monica (Californie) et résidant à New York, photographe Arne Svenson explore des sujets très variés avec toujours une même quête; capturer la paix intérieure chez ses sujets, qu’ils soient humains ou pas. Photographe autodidacte, Svenson mène en parallèle une carrière d’enseignant auprès de personnes handicapées. Ses photographies ont été exposées aux États-Unis et en Europe et figurent dans des collections américaines de référence, par exemple les musées SFMOMA, (San Francisco), Museum of Fine Arts (Houston, Texas), Carnegie Museum of Art, (Pittsburgh) et le Modern Art Museum of Fort Worth (Texas). Svenson est lauréat de nombreux prix et bourses, notamment le Nancy Graves Foundation Grant (2008) et le James D. Phelan Art Award in Photography (2005). En 2016 Svenson reçoit le Nannen Prize pour sa série The Neighbors . Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Unspeaking Likeness, The Neighbors, Prisoners, and Sock Monkeys (200 out of 1,863) et son travail a été exposé récemment au Museum of Contemporary Art Denver (The Neighbors, 2016) et au Western Gallery, Western Washington University, Bellingham, Washington (2017).

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